
En décembre, je quitterai la direction du Nouveau Théâtre, fier du travail accompli tout au long de neuf années.
Seule structure en Franche-Comté dont la mission principale est la création théâtrale, j’ai voulu que notre Centre Dramatique soit avant tout une fabrique, où se créent les formes d’aujourd’hui. Je ne vais pas dresser ici la liste des spectacles répétés au Nouveau Théâtre, des équipes accueillies en résidence... Rappelons seulement que nous avons fait beaucoup, grâce à l’enthousiasme d’une équipe compétente et investie. Autant d’aventures passionnantes, de projets singuliers créés à Besançon avant de partir en tournée sur les routes de France.
J’ai souhaité que les spectacles programmés soient l’expression des différentes sensibilités du théâtre d’aujourd’hui. Nous avons eu à coeur de défendre un théâtre novateur, créatif, pluriel. Un théâtre qui raconte notre temps et qui soit le reflet de notre époque, avec ses contradictions. Car le théâtre est beaucoup plus qu’un divertissement : c’est un art collectif et un art du questionnement.
Cette dernière saison est fidèle à cet esprit : du Dom Juan de Molière par la troupe du Théâtre National de Strasbourg à l’iconoclaste Autruche… par les Chiens de Navarre, de Musset par Benoît Lambert à Dante façon opéra-rock par Alexis Forestier, en passant par Tori no tobu takasa, fable corrosive sur la vie d’une entreprise franco-japonaise fabriquant des sièges de WC high-tech… chacun pourra y trouver son compte !
Trois propositions méritent tout particulièrement votre attention : Violet de Jon Fosse, photographie de l’adolescence mise en scène par Bérangère Vantusso avec d’étonnantes marionnettes hyper-réalistes ; Pierre ou les ambiguïtés, adaptation par Olivier Coulon-Jablonka d’un extraordinaire roman d’Herman Melville. Et enfin, pour les petits et les grands, la reprise des Sorcières, dans ma mise en scène, pour partager, en un dernier tour de piste, la cruauté jubilatoire de Roald Dahl, grâce aux marionnettes de Damien Caille-Perret.
Ces neuf années auront été, à titre personnel, très heureuses, même si, comme beaucoup, j’ai ressenti parfois durement certains choix de notre époque... Comme metteur en scène, j’ai eu le bonheur de me confronter à des écritures très différentes, de Sénèque à Crimp. J’ai eu le souhait d’explorer les frontières du théâtre : frontières géographiques et linguistiques, en travaillant à Tokyo et à Téhéran, avec Oriza Hirata et Amir Reza Koohestani ; frontières artistiques, en développant dans mes spectacles la marionnette, la vidéo ou la musique ; frontières imaginaires enfin, en créant un théâtre entre rêve et réalité. Je tiens tout particulièrement à remercier ici chaleureusement le public nombreux, fidèle et curieux, qui est venu voir ces spectacles et leur a donné vie, par sa présence constante.
J’adresse tous mes voeux de succès à celle ou celui qui me succédera, afin que le Nouveau Théâtre continue d’être un lieu d’invention et d’ouverture artistique.
À bientôt, au Nouveau Théâtre !